Cataracte Cornée FR Yeux Secs

CoQ10, un effet bénéfique sur la cornée?

Vous avez déjà entendu parler de la coenzyme Q10 (CoQ10). Mais à quoi sert-elle réellement? Et quel est son apport dans le contexte ophtalmologique?

Vous avez très certainement déjà entendu parler de la coenzyme Q10 (CoQ10)? Elle est utilisée dans un grand nombre de produits et suppléments. Cette molécule naturelle est supposément connue pour avoir de nombreux effets bénéfiques, mais à quoi sert-elle réellement? Et quel est son apport dans le contexte ophtalmologique en général, et plus spécifiquement pour la régénération de la cornée?


 

coq10

Le CoQ10, un petit rafraichissement de mémoire.

La coenzyme Q10, aussi appelée ubiquinone (ubique (Lat.): omniprésent, partout) est, comme le nom le dit, propre au corps humain et présente partout. Comme la bougie d’un moteur, elle active la production d’énergie sur le plan cellulaire.

Si omniprésente, pourquoi en supplément?

Comme c’est le cas pour d’autres substances de notre corps, sa synthèse ou sa sécrétion décline avec l’âge. Dans le domaine de l’ophtalmologie, des études ont montré que la CoQ10 permet:

  • de diminuer le nombre d’apoptose après PRK;1
  • de réduire l’apoptose des fibroblastes de la cornée;2
  • d’avoir un effet positif sur la stabilité de la cornée après chirurgie de la cataracte;3
  • de réduire les dommages subis par la cornée suite à son exposition à des UVB;4
  • dans certains cas réfractaires, de constituer un adjuvant thérapeutique intéressant en accélérant la cicatrisation de l’épithélium cornéen.5

Dans cet article, nous nous concentrons principalement sur ses effets post-chirurgicaux sur la cornée, en vous guidant à travers quelques études

LASIK

Le Dr. Benitez del Castillo (Prof. of Ophthalmology University Complutense of Madrid, Spain) a fait état d’une étude sur la sécrétion lacrymale et la sensibilité cornéenne après LASIK. Il a ainsi démontré qu’il y avait une réduction nette des deux paramètres 6 mois après la chirurgie. La sécrétion lacrymale étant seulement retournée à ses valeurs préopératoires 9 mois après l’intervention. La récupération de la sensibilité cornéenne n’ayant pas été atteinte en de nombreux cas jusqu’à plus de 4 ans après la chirurgie. Les taux de récupération étaient même encore plus lents après LASIK chez les hypermétropes.6

Le Dr. Benitez del Castillo a dès lors conclu que les nerfs cornéens semblent être très importants dans la production de larmes et qu’une diminution de la quantité de ces nerfs après LASIK peut être détectée. De plus, le LASIK peut mener au cercle vicieux caractéristique de l’OSD (Ocular Surface Disease).

Extraction de cataracte

Une autre intervention chirurgicale potentiellement compromettante pour le film lacrymal est l’extraction de la cataracte. Cette opération a habituellement lieu chez des personnes âgées, chez qui la surface oculaire est déjà affectée par l’âge. Il y a dès lors beaucoup de patients “borderline” présentant des problèmes de DED (Dry Eye Disease), de conjunctivochalasis et de paupière. En général, ils auront également une quantité moindre de nerfs au niveau du plexus avec une diminution de la sensibilité et de l’innervation de la cornée.7

Une étude sur les facteurs pathogènes des patients présentant un œil sec après chirurgie de la cataracte a montré une diminution des cellules épithéliales conjonctivales et des cellules caliciformes par cytologie d’empreinte au niveau de la conjonctive inférieure couverte par la paupière inférieure. Ils ont conclu que la DED induite après la chirurgie de la cataracte est liée à la toxicité des médicaments.8

Une étude évaluant les symptômes et leurs causes sous-jacentes après l’implantation de lentilles multifocales, a montré que les deux plaintes majeures exprimées étaient une vision floue et des phénomènes photiques, provoqués par une sécheresse oculaire chez respectivement 15% et 5% des patients. Il y a donc un nombre important de patients pseudophaques qui se plaignent de sécheresse oculaire.9

L’effet positif de la CoQ10

Un groupe de chercheurs italiens a pu démontrer que l’utilisation de CoQ10 topique et de la vitamine E prévient l’apoptose des kératocytes après une PRK chez les lapins. Au cours des 3 jours précédant la chirurgie, chaque œil a reçu un collyre contenant de la CoQ10 0,2% + vitamine E 0,04% deux fois par jour. Lorsque la cornée centrale a été analysée pour détecter la fragmentation de l’ADN, les cornées traitées de CoQ10 avant PRK ont montré 50% moins d’apoptose dans les kératinocytes.1

Une étude a été menée auprès de 40 patients subissant une chirurgie de la cataracte, sans incident, et recevant soit des gouttes ophtalmiques topiques de CoQ10 + de vitamine E, soit une solution saline et ont été suivi pendant 9 mois après l’intervention.

Après 9 mois, une récupération complète du SBP (plexus nerveux sous-basal) au niveau de la cornée centrale était présente chez 95% des patients utilisant CoQ10 par rapport à seulement 80% traités avec une solution saline. Après environ 3 mois de traitement par CoQ10, la SBP  de la cornée temporale était complètement récupérée chez 75% des patients utilisant de la CoQ10. Ce résultat étant comparable aux valeurs obtenues après 9 mois de traitement avec la solution saline.10

Selon le Dr. del Castillo, l’ajout de CoQ10 au niveau des soins préopératoires et postopératoires, devrait réduire les dommages chirurgicaux, accélérer le rétablissement complet du patient et diminuer les séquelles telles que la sécheresse oculaire et la douleur neuropathique.11

Un collyre à base d’acide hyaluronique réticulé et contenant de la CoQ10 renforce cet effet. La combinaison de ces deux composants permet au collyre de rester plus longtemps sur la surface oculaire et d’avoir une activité antioxydante prolongée de l’acide hyaluronique.12

En savoir plus? Cliquez ici pour le rapport sur la CoQ10 publié à l’occasion du ESCRS 2017.


  1. Brancato R et al. Concomitant effect of topical ubiquinone Q10 and vitamin E to prevent keratocyte apoptosis after excimer laser photoablation in rabbits. J Refractive Surgery 2002; 18:135–139.
  2. Chen CC et al. Coenzyme Q10 Reduces Ethanol-Induced Apoptosis in Corneal Fibroblasts. PLoS ONE 6(4): e19111. doi:10.1371/journal.pone.0019111
  3. Fogagnolo P et al. The Effects of Topical Coenzyme Q10 and Vitamin E D-α-Tocopheryl Polyethylene Glycol 1000 Succinate after Cataract Surgery: A Clinical and in vivo Confocal Study. Ophthalmologica. 2013; 229(1):26–31.
  4. Mencucci R et al. CoQ10-Containing Eye Drops Prevent UVB-Induced Cornea Cell Damage and Increase Cornea Wound Healing by Preserving Mitochondrial Function. IOVS 2014; 55(11):7266–7271.
  5. Gumus K. Topical Coenzyme Q10 Eye Drops as an Adjuvant Treatment in Challenging Refractory Corneal Ulcers: A Case Series and Literature Review. Eye & contact Lens 2017; 43 (2):73–80.
  6. Benitez del Castillo JM et al. Decrease in tear secretion and corneal sensitivity after laser in situ keratomileusis. Cornea. 2011; 20:30-32.
  7. Benitez del Castillo JM et al. Relation between corneal innervation with confocal microscopy and corneal sensitivity with noncontact esthesiometry in patients with dry eye. Invest Ophthalmol & Vis Sci. 2007 Jan;48(1):173-81.
  8. Li XM, Hu L, Hu J and Wang W. Investigations of Dry Eye Disease and Analysis of the Pathogenic Factors in Patients after Cataract Surgery. Cornea. 2007;26(Suppl. 1): S16-S20.
  9. Woodward MA et al. Dissatisfaction after cataract surgery and multifocal lens implantation. J Cataract Refr Surg. 2009 Jun ; 35(6): 992-7.
  10. Fogagnolo P, Sacchi M et al. The effects of topical CoQ10 + vitamin E D-alpha-tocopheryl glycol 1000 succinate after cataract surgery: a clinical and in vivo confocal study. Ophthalmologica 2013;229:26-31.
  11. Ahmas S., Aragona P., del Castillo S.,Cordeiro F. CoEnzyme Q10: New approach in the treatment of corneal damage and glaucoma. Proceedings of the Symposium held on October 9th; 2017 at the ESCRS congress, Lisbon, Portugal
  12. Elisa L. Postorino et al. Efficacy of eyedrops containing cross-linked hyaluronic acid and coenzyme Q10 in treating patients with mild to moderate dry eye. Eur J Ophthalmol. 2017 Jan;28(1):25-31. doi: 10.5301/ejo.5001011

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